Bac de philo : les 17 notions, l'essentiel pour s'en sortir
Cet article ne remplace pas ton année de cours de philosophie, et ce n'est pas son but. C'est un socle : le minimum pour aborder chaque notion sans partir de zéro le jour de l'épreuve (coefficient 8 en voie générale, 4 en voie technologique, 4 heures, trois sujets au choix dont deux dissertations et une explication de texte). Pour un profil scientifique, l'enjeu n'est pas d'écrire de longues phrases littéraires, c'est de structurer quelques idées justes et de raisonner dessus. Chaque notion est donc réduite à l'essentiel : la question qui en fait un sujet de bac, deux ou trois repères d'auteurs, un exemple concret à réutiliser. Le reste, c'est ta tête qui le fait.
Comment le programme est organisé
Le programme de terminale générale retient 17 notions et trois perspectives d'étude : l'existence humaine et la culture, la morale et la politique, la connaissance. Le texte officiel précise que les notions « ne font l'objet d'aucune association privilégiée » : une même notion peut relever de plusieurs perspectives. Les regroupements ci-dessous servent juste à réviser dans l'ordre, ce ne sont pas des cases officielles.
L'existence humaine et la culture
L'art
« L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible. » (Paul Klee)
Comprendre le mot. L'art est une activité de création qui vise le beau. La tension : l'art doit-il imiterle réel ou le réinventer ?
- Platon : l'art imite, et nous éloigne de la vérité (une copie de copie).
- Aristote : l'imitation instruit et procure du plaisir.
- Hegel : l'art dit quelque chose de vrai sur l'esprit, au-delà du beau naturel.
Dans la vie d'aujourd'hui. Une image générée par une IA en quelques secondes, qui recopie des milliers d'œuvres sans intention, est-elle de l'art ? À ressortir pour « l'art se réduit-il à la technique ? » ou « faut-il un auteur pour qu'il y ait œuvre ? ».
La conscience
« Je pense, donc je suis. » (Descartes, Discours de la méthode)
Comprendre le mot. La conscience, c'est l'esprit qui se perçoit lui-même. La tension : est-elle transparente à elle-même, ou se cache-t-elle des choses ?
- Descartes : la conscience est la première certitude, le point d'appui de tout savoir.
- Sartre : être conscient, c'est être libre et responsable de soi.
- Freud (en contrepoint) : une grande part de nous échappe à la conscience.
Dans la vie d'aujourd'hui. Sous anesthésie, on « éteint » la conscience puis on la rallume : le corps continue, le sujet disparaît. À ressortir pour « suis-je ce que je perçois de moi ? » et le lien avec l'inconscient.
Le langage
« Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde. » (Wittgenstein, Tractatus)
Comprendre le mot. Le langage est un système de signes pour penser et communiquer. La tension : exprime-t-il une pensée déjà là, ou la fabrique-t-il ?
- Saussure : le signe lie un son et un concept ; la langue découpe le réel.
- Wittgenstein : le sens d'un mot, c'est son usage dans un « jeu de langage » (c'est le second Wittgenstein ; l'exergue, tirée du Tractatus, relève de sa première période, de thèse opposée).
- Bergson : les mots figent une expérience qui, elle, est mouvante.
Dans la vie d'aujourd'hui. Une IA aligne des mots probables sans rien « vouloir dire » : produire des phrases justes prouve-t-il qu'on pense ? À ressortir pour « peut-on penser sans langage ? ».
La liberté
« L'homme est condamné à être libre. » (Sartre)
Comprendre le mot. Être libre, c'est pouvoir choisir sans y être forcé. La tension : sommes-nous vraiment libres, ou déterminés par des causes qui nous échappent ?
- Descartes : le libre arbitre est une évidence, on peut toujours dire non.
- Spinoza : nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent ; être libre, c'est les comprendre.
- Sartre : même ne pas choisir est un choix ; d'où la responsabilité.
Dans la vie d'aujourd'hui. Un fil de recommandations apprend tes goûts et te propose « ce que tu vas aimer » : choisis-tu, ou exécutes-tu une prédiction ? À ressortir pour « la liberté est-elle une illusion ? ».
La nature
« ... nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » (Descartes, Discours de la méthode)
Comprendre le mot. La nature, c'est ce qui existe sans l'action de l'homme. La tension : faut-il dominer la nature ou s'y inscrire et la protéger ? (C'est aussi ce qui s'oppose à la culture, l'inné contre l'acquis : certains sujets jouent sur la « nature humaine ».)
- Descartes : la science doit nous rendre maîtres de la nature pour notre bien.
- Rousseau : l'état de nature comme repère pour juger la société.
- Jonas : un « principe responsabilité » envers les générations futures.
Dans la vie d'aujourd'hui. La crise écologique met face à face le projet cartésien de maîtrise et l'exigence de prudence de Jonas. À ressortir pour « l'homme fait-il partie de la nature ou lui est-il extérieur ? ».
⏰ Le temps
« La durée est le progrès continu du passé qui ronge l'avenir. » (Bergson, L'Évolution créatrice)
Comprendre le mot. Le temps, c'est la succession irréversible des instants. La tension : existe-t-il en soi, ou seulement vécu par une conscience ?
- Saint Augustin : le passé n'est plus, le futur pas encore ; seul le présent, insaisissable, existe.
- Bergson : distingue le temps mesuré (l'horloge) de la durée vécue.
- Heidegger : l'homme est un être « pour la mort », le temps le définit.
Dans la vie d'aujourd'hui. Une heure de cours et une heure de jeu n'ont pas la même longueur : la durée vécue dépend de l'attention. À ressortir pour « peut-on mesurer le temps comme on mesure l'espace ? ».
Le travail
« Le travail est, avant tout, un acte qui se passe entre l'homme et la nature. » (Marx, Le Capital)
Comprendre le mot. Le travail transforme la nature pour répondre à nos besoins. La tension : nous accomplit-il, ou nous aliène-t-il ?
- Hegel : par le travail, on se reconnaît dans ce qu'on produit ; on devient soi.
- Marx : sous le capitalisme, l'ouvrier ne possède ni son temps ni son produit, il est aliéné.
- Arendt : distingue le travail (la survie), l'œuvre (le durable) et l'action (le politique).
Dans la vie d'aujourd'hui. L'automatisation supprime des tâches : faut-il en libérer l'homme, ou le travail donne-t-il une place et un sens ? À ressortir pour « peut-on imaginer une société sans travail ? ».
La morale et la politique
Le devoir
« Agis seulement d'après la maxime telle que tu puisses vouloir qu'elle devienne une loi universelle. » (Kant)
Comprendre le mot. Le devoir est une obligation morale qu'on s'impose, pas une contrainte subie. La tension : d'où vient-il, et peut-il aller contre la loi ou contre mon intérêt ?
- Kant : une action est morale si sa règle peut valoir pour tous (l'impératif catégorique).
- Nietzsche : la morale du devoir cache souvent du ressentiment.
Dans la vie d'aujourd'hui. Un lanceur d'alerte désobéit à son entreprise au nom d'un devoir plus haut : obéir à la règle et bien agir, est-ce toujours la même chose ? À ressortir pour « peut-on faire son devoir par intérêt ? ».
L'État
« L'État revendique le monopole de la violence physique légitime. » (Weber)
Comprendre le mot. L'État est le pouvoir souverain sur un territoire et une population. La tension : protège-t-il ma liberté, ou la menace-t-il ?
- Hobbes : sans État, c'est la guerre de tous contre tous ; on lui cède du pouvoir pour la sécurité.
- Rousseau : l'État légitime repose sur un contrat et la volonté générale.
- Weber : ce qui le définit, c'est le monopole de la force légitime.
Dans la vie d'aujourd'hui. Vidéosurveillance, données, sécurité : jusqu'où l'État peut-il contraindre pour protéger ? À ressortir pour « pourquoi obéir à l'État ? ».
La justice
« La justice est la première vertu des institutions sociales. » (Rawls, Théorie de la justice)
Comprendre le mot. La justice donne à chacun ce qui lui revient. La tension : être juste, est-ce traiter tout le monde pareil (égalité), ou tenir compte des différences (équité) ?
- Aristote : distingue une justice qui partage selon le mérite et une justice qui répare.
- Rawls : des règles justes sont celles qu'on choisirait sans savoir quelle place on occupera (le « voile d'ignorance »).
Dans la vie d'aujourd'hui. À notes égales, deux candidats n'ont pas les mêmes chances selon leur milieu : faut-il corriger l'inégalité de départ ? À ressortir pour « la justice peut-elle accepter des inégalités ? ».
Le bonheur
« Le bonheur est une activité de l'âme conforme à la vertu. » (Aristote, Éthique à Nicomaque)
Comprendre le mot. Le bonheur, c'est un état de satisfaction durable et complet. La tension : est-ce un but qu'on atteint, ou une cible qui recule à mesure qu'on s'en approche ?
- Aristote : le bonheur est le but de toute vie humaine, atteint par une vie conforme à la vertu et à la raison.
- Épicure : il se réduit à l'absence de douleur et de trouble, par la maîtrise des désirs.
- Kant : le bonheur est trop subjectif pour guider l'action ; le but de la morale, c'est le devoir.
Dans la vie d'aujourd'hui. Les psychologues décrivent un « tapis roulant hédonique » : après un gain (un achat, une réussite), la satisfaction retombe vite et on désire déjà autre chose. C'est exactement le mécanisme contre lequel Épicure met en garde. À ressortir pour « le bonheur dépend-il de ce qu'on a, ou de ce qu'on désire ? ».
La connaissance
La raison
« La raison est et ne doit être que l'esclave des passions. » (Hume, Traité de la nature humaine)
Comprendre le mot. La raison est la faculté de juger et de distinguer le vrai du faux. La tension : est-elle toute-puissante, ou esclave de nos désirs ?
- Descartes : bien conduite, par méthode, la raison mène au vrai.
- Kant : la raison a des limites, elle ne peut pas tout connaître.
- Hume : on raisonne souvent pour justifier ce qu'on veut déjà ; la raison suit la passion plus qu'elle ne la commande.
Dans la vie d'aujourd'hui. Face à une fausse information, on croit d'abord ce qui nous arrange, puis on cherche des arguments : la raison suit le désir. À ressortir pour « la raison suffit-elle à atteindre la vérité ? ».
La religion
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » (Pascal, Pensées)
Comprendre le mot. La religion relie l'homme au sacré par des croyances et des rites. La tension : foi et raison s'opposent-elles, ou se complètent-elles ?
- Pascal : la foi relève du cœur, d'un autre ordre que la raison.
- Durkheim : la religion sépare le sacré du profane et fait tenir le groupe.
- Feuerbach : Dieu est une projection des qualités humaines idéalisées.
Dans la vie d'aujourd'hui. Les débats sur la laïcité posent la place du religieux dans l'espace commun. À ressortir pour « la religion s'oppose-t-elle à la raison ? ».
La science
« Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable. » (Popper)
Comprendre le mot. La science produit un savoir mis à l'épreuve par l'observation et la démonstration. La tension : atteint-elle la vérité, ou des modèles provisoires ?
- Popper : une affirmation est scientifique si une expérience pourrait la démentir.
- Kuhn : la science avance par « révolutions » qui changent de cadre (les paradigmes).
- Bachelard : connaître, c'est d'abord surmonter des obstacles, à commencer par le sens commun.
Dans la vie d'aujourd'hui. « Ce n'est qu'une théorie » : l'argument confond la théorie scientifique, solidement testée, et la simple opinion. À ressortir pour « qu'est-ce qui distingue la science de la croyance ? ».
La technique
« L'essence de la technique n'a rien de technique. » (Heidegger)
Comprendre le mot. La technique est l'ensemble des moyens de transformer la nature. La tension : nous libère-t-elle, ou nous asservit-elle ?
- Bergson : l'outil prolonge le corps et augmente nos possibilités.
- Heidegger : la technique moderne traite tout, y compris l'homme, comme un « stock » disponible.
- Jonas : son pouvoir démesuré crée un devoir nouveau de prudence.
Dans la vie d'aujourd'hui. Tes données nourrissent des systèmes qui anticipent tes comportements : l'outil sert-il l'homme, ou l'inverse ? À ressortir pour « peut-on maîtriser le progrès technique ? ».
La vérité
« La vérité est une armée mobile de métaphores. » (Nietzsche)
Comprendre le mot. Est vrai ce qui s'accorde avec le réel. La tension : la vérité est-elle une et absolue, ou relative à un point de vue ? Piège à éviter : « chacun sa vérité » n'est pas une thèse, c'est renoncer à la question, et les correcteurs le sanctionnent.
- Thomas d'Aquin : le vrai, c'est l'accord de l'esprit et de la chose.
- Platon : la vérité est du côté des Idées, pas des apparences sensibles.
- Nietzsche : nos « vérités » sont des constructions devenues habituelles.
Dans la vie d'aujourd'hui. Un deepfake montre quelqu'un disant ce qu'il n'a jamais dit : si l'image ne prouve plus rien, à quoi reconnaît-on le vrai ? À ressortir pour « existe-t-il une vérité absolue ? ».
L'inconscient
« Le Moi n'est pas maître dans sa propre maison. » (Freud)
Comprendre le mot. L'inconscient, ce sont les processus psychiques qui agissent sur nous à notre insu. La tension : si une part de moi m'échappe, suis-je encore maître de moi et responsable ?
- Freud : désirs refoulés, rêves, lapsus et actes manqués trahissent l'inconscient.
- Lacan : « l'inconscient est structuré comme un langage ».
- Sartre (en contrepoint) : invoquer l'inconscient peut servir à fuir sa responsabilité.
Dans la vie d'aujourd'hui. Un lapsus qui dit l'inverse de ce qu'on voulait dire : simple erreur, ou vérité qui s'échappe ? À ressortir pour « sommes-nous maîtres de nous-mêmes ? ».
Méthode, en mode raisonnement
La dissertation se construit comme une démonstration.
- Définis les termes du sujet, comme tu poses des hypothèses au départ d'un problème.
- Trouve la tension : un sujet de philo est un problème à résoudre, pas une question ouverte à commenter.
- Fais un plan où chaque partie fait avancer la réponse ; aucune n'est là pour décorer.
- La dernière partie dépasse l'opposition, elle ne tranche pas par K.O. : ce qui compte, c'est le mouvement de la pensée, pas une réponse unique à démontrer.
- Une référence par idée, mobilisée parce qu'elle sert, jamais plaquée.
L'explication de texte se suit comme une preuve.
- Repère la thèse de l'auteur : sa conclusion, ce qu'il cherche à établir.
- Suis l'ordre du texte, étape par étape, comme les lignes d'un calcul.
- Explique les concepts, ne les paraphrase pas.
Le temps (4 heures). Environ 1 h d'analyse et de plan, 2 h 30 de rédaction, 30 minutes de relecture.
Réviser utile. Reviennent souvent : le temps, la liberté, la conscience et l'inconscient, la raison, le devoir, la religion. Mais aucune notion n'est à l'abri : pas d'impasse totale.
FAQ
- Dissertation ou explication de texte ? Prends la dissertation si tu maîtrises les notions du sujet et que tu vois une tension claire. Prends l'explication si tu comprends le texte et repères sa structure.
- Faut-il apprendre les citations par cœur ? Quelques-unes, exactes et comprises, suffisent. Une citation ne remplace jamais un raisonnement, elle l'appuie.
- Peut-on réussir sans connaître tous les auteurs ? Oui. Mieux vaut deux références bien utilisées qu'une liste récitée.
- Comment éviter le hors-sujet ? Reviens à la question à chaque partie. Si un paragraphe n'y répond pas, il dégage.
- Je ne comprends pas le texte, je fais quoi ? Pars des passages clairs, dégage l'idée générale, puis éclaire le reste avec les notions que tu connais.
En résumé
Cette fiche t'a donné le socle : pour chaque notion, une tension, des repères et un exemple. Ce n'est pas tout ton cours, c'est de quoi raisonner. Le jour de l'épreuve, le jury ne récompense pas la quantité de connaissances, mais ta capacité à problématiser et à tenir un raisonnement clair. C'est exactement ce qu'un esprit scientifique sait faire.