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Lettre de motivation Parcoursup : qui la lit, et ce qu’elle devient
Votre enfant a devant lui un encart de 1 500 caractères, à remplir pour chacune des formations qui le demandent. Il ne sait pas qui le lira, ni si cela changera quelque chose. Ce qu’il veut savoir, personne ne le lui dit clairement : ce que devient ce texte une fois déposé. J’ai passé douze ans du côté de ceux qui les lisent, et voici ce que je peux en dire.
Par Marie Masson, agrégée de physique-chimie et ancienne normalienne. Elle a enseigné douze ans au lycée Sainte-Geneviève, où elle a lu chaque année les dossiers de candidature qui arrivaient par centaines, lettre comprise. Elle accompagne aujourd’hui des élèves de terminale sur leurs candidatures Parcoursup. À propos →
L’essentiel en quatre points
- Le premier lecteur peut être votre lycée : le texte peut être lu par les professeurs principaux et le chef d’établissement, qui renseignent la fiche Avenir, avant d’être transmis aux formations.
- Elle n’est plus demandée pour chaque vœu. Une formation qui la réclame aujourd’hui a choisi de la réclamer.
- Faut-il mettre son nom ou signer ? Non. Pas de date, pas d’en-tête, et surtout pas votre nom : la fiche officielle demande d’éviter « absolument » d’y mentionner son identité.
- Ce n’est pas la lettre la plus léchée qui l’emporte, c’est celle où l’élève est vraiment là.
1. Le premier lecteur n’est pas celui qu’on croit
C’est écrit noir sur blanc dans la fiche élève de la plateforme : la lettre de motivation pourra être prise en compte par les professeurs principaux et par le chef d’établissement, qui renseignent la fiche Avenir lors du deuxième conseil de classe. Elle n’est transmise qu’ensuite aux formations demandées.
Le premier lecteur possible est donc le lycée lui-même, c’est-à-dire des gens qui connaissent l’élève, qui vont écrire sur lui, et dont l’appréciation partira dans le même dossier.
La conséquence pratique n’est pas une astuce, c’est une question de calendrier : un texte rédigé au dernier moment n’aura été lu par personne au lycée avant que la fiche Avenir soit écrite. Ce n’est pas un drame, mais celui qui s’y prend tôt est lu deux fois, et celui qui s’y prend tard une seule.
2. Ce que la plateforme dit de son poids, et ce qu’elle ne dit pas
Sur ce point, on lit tout et son contraire. Un article revient chaque année pour raconter qu’un candidat a recopié une recette de cuisine et qu’il a été pris quand même. C’est vrai, et cela ne prouve rien.
La règle a changé, et c’est le fait le moins connu de tous. La lettre de motivation n’est plus demandée pour chaque vœu. Elle n’est due que lorsque la formation l’a réclamée, au titre des pièces de son dossier. La plupart continuent de le faire, mais plus toutes, et aucune ne prévient à l’avance : cela se lit sur la fiche de chaque formation, une par une.
Ce changement a une conséquence que personne ne tire, et elle est plus utile que tous les conseils de rédaction : si une formation vous demande ce texte aujourd’hui, cela signifie au minimum qu’elle a choisi de le faire figurer dans son dossier, alors qu’il n’est plus systématique pour tous les vœux. Et la même fiche officielle, qui écrivait autrefois que le texte « pourra » être utilisé, écrit maintenant qu’il sera utilisé au moment de l’examen des candidatures par les formations qui l’ont demandé.
Cela ne veut pas dire que toutes le pèsent de la même façon, et je sais que ce n’est pas le cas : certaines formations ne s’en servent guère, d’autres n’ont presque que cela pour départager des dossiers qui se valent. Mais le doute a changé de camp.
Comment savoir ce qu’il en est là où votre enfant postule ? Certaines fiches de formation comportent une rubrique consacrée aux critères d’analyse des candidatures : lorsqu’elle est renseignée, elle permet de voir comment la commission répartit les éléments qu’elle examine. Celle de la MPSI de Sainte-Marie d’Antony, par exemple, indique une pondération dont 10 % pour la motivation, évaluée à partir du projet de formation motivé. Cette pondération est propre à cette formation et ne constitue pas une règle générale de Parcoursup, et c’est bien pour cela qu’elle se regarde une fiche à la fois.
Ce qu’il faut en retenir n’est pas rassurant, mais c’est honnête : vous ne pouvez pas savoir à l’avance quel poids la formation lui donnera. Le seul raisonnement solide consiste à écrire comme si le texte allait être lu, puisque le coût de se tromper n’est pas le même dans les deux sens.
3. Ce qui se passe matériellement, à la lecture
Pendant douze ans, j’ai enseigné dans une prépa où les dossiers arrivaient par centaines et où la lettre demandée était la plus longue de toutes. J’ai vu ce que devient l’attention d’un lecteur au trentième dossier de la soirée.
Deux cents mots se lisent en quarante secondes. Le lecteur ne découvre pas le candidat en les lisant : il a déjà les notes, les appréciations, le rang, la fiche Avenir. Il ouvre le texte en sachant presque tout, sauf une chose, qui est qui écrit.
C’est ce qui explique une observation que je fais chaque année, et qui déroute les familles : ce n’est pas la lettre la plus léchée qui l’emporte. Les dossiers de même valeur se départagent sur celle où l’élève est vraiment là. L’autre, la conventionnelle, celle qu’un autre élève de la même classe pourrait signer sans rien y changer, on la referme sans y penser.
4. Pourquoi les mêmes phrases reviennent, année après année
Il faut nommer le mécanisme, parce qu’il est plus intéressant que la liste des fautes.
Un candidat de dix-sept ans à qui l’on demande de se présenter en 200 mots, sans savoir qui le lira, fait ce que n’importe qui ferait à sa place : il écrit ce qu’il imagine qu’on attend. Il annonce qu’il est rigoureux, curieux et persévérant. Il promet de donner le meilleur de lui-même. Il explique qu’il aime les sciences parce qu’elles permettent de comprendre le monde. Il cite une activité et, juste derrière, la qualité qu’elle est censée démontrer.
Chacune de ces phrases est sincère. Ensemble, elles produisent un texte que le lecteur a déjà vu cent fois avant d’ouvrir le vôtre.
Et voici l’effet pervers, que personne ne voit venir : la promesse d’avenir attire l’attention sur le point faible du dossier. « J’ai connu des difficultés en mathématiques, mais je mettrai tout en œuvre pour y remédier » conduit un lecteur qui n’avait pas remarqué la baisse à retourner voir les bulletins.
Parents, ce paragraphe vous concerne aussi. Quand vous relisez, vous corrigez ce qui vous paraît maladroit, et le maladroit est souvent ce qu’il y avait de plus personnel. Un lecteur habitué reconnaît un raisonnement d’adulte et un vocabulaire d’adulte. La fiche officielle conseille de faire relire son texte par son entourage : le conseil est bon pour l’orthographe et la syntaxe, il devient contre-productif dès qu’il porte sur le fond.
Se faire accompagner
Pourquoi j’accompagne ce travail
Les défauts décrits ici, je les vois revenir chaque année, et je constate qu’un élève à qui l’on explique la règle la commet encore à la version suivante. Savoir qu’une phrase est creuse ne suffit pas à trouver celle qui ne l’est pas. C’est ce constat qui a donné sa forme à l’accompagnement, qui commence par un questionnaire et non par une page blanche.
5. Le seul geste que je peux vous donner ici
Il ne demande aucune méthode, et il ne coûte rien.
Relisez le texte en imaginant qu’un autre élève de la classe le signe. Si cela ne choque personne, le texte ne dit pas encore qui l’a écrit.
Ce test ne répare rien. Il permet seulement de voir le problème, et de le voir soi-même vaut mieux que de se l’entendre dire. La plupart des élèves à qui je le fais faire découvrent que leur premier jet passe le test sans difficulté, ce qui est précisément le problème.
Ce que ce test ne dit pas, en revanche, c’est quoi mettre à la place. C’est là que le travail commence réellement, et il ne ressemble pas à de la rédaction : il faut d’abord retrouver ce qu’il y a à dire, ce qui suppose de chercher dans ce que l’élève a fait, vu, aimé et abandonné, souvent des choses dont il ne soupçonne pas l’intérêt. C’est long, cela se fait mal seul, et cela ne se fait pas du tout à quinze jours de l’échéance.
6. Ce qui reste vrai quel que soit votre dossier
La lettre de motivation n’est pas un exercice de style, et ce n’est pas non plus une formalité. C’est le seul endroit du dossier où quelqu’un peut apparaître.
Si une formation demande ce texte, c’est qu’elle a déjà tout le reste. Ce qu’elle cherche ici, elle ne peut le trouver nulle part ailleurs.
Questions fréquentes
Non, et c’est la plateforme qui le dit, en rouge dans sa fiche officielle : « il faut absolument éviter de mentionner votre identité (nom, prénom…) dans votre lettre de motivation ». La formation sait qui vous êtes, votre dossier le lui dit. Les caractères passés à vous nommer sont autant de caractères perdus.
Non. La fiche officielle précise qu’il s’agit d’un texte, sans date et sans en-tête. « Madame, Monsieur » et « je vous prie d’agréer » sont des réflexes de courrier, et ils coûtent en moyenne une centaine de caractères sur les 1 500 disponibles.
Non, plus depuis quelques campagnes. Elle n’est due que lorsque la formation l’a demandée et qu’elle figure dans votre dossier au titre des « pièces demandées ». La grande majorité continue de la réclamer, mais cela se vérifie formation par formation, sur sa fiche Parcoursup.
C’est la règle générale, espaces comprises, soit environ 200 à 250 mots. Certaines formations demandent nettement plus, et la fiche officielle le prévoit : l’information est alors indiquée dans le dossier. Les instituts de formation en soins infirmiers, par exemple, ouvrent le champ à 4 500 caractères, et certaines prépas privées demandent une lettre de 2 500 à 4 000 caractères. Un texte de cette longueur ne s’obtient pas en rallongeant un texte de 1 500 : ce n’est pas le même exercice, et il faut de la matière pour le tenir.
La plateforme a tranché, et elle est explicite : « évitez absolument le recours à des logiciels de type ChatGPT ou équivalent : les enseignants le voient, or c’est une production personnelle qui est demandée ». Mon expérience de lectrice le confirme, mais pour une raison plus simple que la détection : un texte généré est par construction un texte que n’importe qui pourrait signer, et c’est exactement ce qui se referme sans y penser.
Les règles citées dans cet article proviennent de la fiche élève officielle « Rédiger une lettre de motivation », Parcoursup et Onisep, décembre 2025. Les observations sur la lecture des dossiers viennent de douze années d’enseignement en classes préparatoires.
Pour aller plus loin
Deux ressources pour la suite de la candidature.
Faire relire la lettre par quelqu’un qui en a lu des centaines
Un questionnaire pour retrouver ce qu’il y a à dire, une version longue, puis les versions courtes que chaque candidature demande.